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Donner du beau à voir ...

Je suis bénévole depuis bientôt un an aux « captifs, la libération ». Je vais une fois par semaine à l’Espace solidarité Insertion (ESI) animer un atelier de peinture.

Proposer un atelier de peinture à des personnes vivants dans la rue peut paraître vain, inconscient, voire insultant, au regard de toutes les difficultés pour survivre auxquelles ces personnes sont confrontées. L’atelier peut servir d’exutoire à leur colère. Ainsi un participant occasionnel a à plusieurs reprises rejeté la proposition de l’atelier tout en venant tourner autour : « C’est n’importe quoi ! Vous nous prenez pour des enfants, des attardés. Ce n’est pas ça, la vie dans la rue. »

Un après midi nous venions de commencer l’atelier. Une femme pleurait de colère dans les bras d’une assistante sociale : « Faut-il que je me prostitue pour avoir les moyens d’avoir un toit sur la tête ? » Un peu plus tard, ayant séché ses larmes, la même femme s’approche de notre table. Je l’invite à participer. « Non, non, me répond-elle, je vous regarde juste ; cela me détend. »

L’atelier de peinture veut proposer une pause dans un quotidien qui s’apparente souvent à une spirale sans fond. A fil des semaines, l’atelier est devenu un rendez-vous pour certains, un point de chute occasionnel pour d’autre, une surprise inattendue pour ceux qui viennent à l’ESI cet après-midi là.

L’atelier n’a pas pour objectif de produire des chefs d’œuvre (encore que…Il y a parfois des révélations), mais, à travers le thème ou la technique proposé de pouvoir se rencontrer, s’exprimer, se retrouver avec d’autres et avec soi-même, se reconnecter avec le cœur profond de son humanité. Point n’est besoin de savoir dessiner pour participer, il suffit juste d’avoir envie de créer du beau, d’oser exprimer une part de soi.

La peinture en soi est langage.
             
Nos personnalités se révèlent à travers elle.  En cours de réalisation, le groupe peut être très silencieux, concentré (il y a, alors, une sorte de communion qui se crée) ou au contraire bavard : des souvenirs remontent, des anecdotes sont partagées, des blagues fusent. On apprend à connaître le village, la culture de l’un à travers son dessin ; la poésie d’un autre se révèle dans le choix des couleurs. Nombreux sont les visages qui s’épanouissent de fierté à la fin de l’atelier quand je propose d’afficher la peinture réalisée. Certains vont même interpeller leurs copains : « T’as vu, c’est moi qui ait fait ça! »
Situé dans une démarche de prise en charge globale de la personne, l’atelier participe modestement à la prise en compte de la dimension spirituelle de l’individu pour qu’il puisse retrouver du sens. Mettre ces personnes exclues, blessées en position de donner (donner du beau à voir) c’est leur permettre de se donner de la valeur à eux-mêmes, de s’autoriser à s’estimer un peu. C’est ce que résumait un participant en fin d’atelier : « Tu vois, au moins là, on est occupé, tranquille ; on fait quelque chose de bien. On ne boit pas pendant ce temps là! »


Soeur Valérie

 

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