>>> Accueil > Evénements > Témoignage : Un engagement auprès des détenus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur le courrier de Bovet : www.courrierdebovet.org

Courrrier Bovet

 

Connaissez-vous le courrier de Bovet ?

 

Association fondée en 1950 pour établir des échanges réguliers et durables de lettres entre des détenus et des personnes prêtes à correspondre avec eux, le courrier de Bovet a pour objectif d’accompagner, par le biais de la correspondance, tout détenu, qui en fait la demande, en vue de faciliter leur réinsertion future.

 

Deux sœurs témoignent de leur engagement:

 

 

Pourquoi vous êtes vous engagées au Courrier de Bovet ?

 

« Un engagement auprès des détenus m’habitait bien avant mon entrée au Carmel Saint Joseph (1998), mais je ne voyais pas comment le concrétiser. Puis des échanges avec ma responsable du noviciat et mon plaisir de la correspondance ont fait germer l’idée d’écrire à des détenus. C’est ainsi que nous avons trouvé l’association « Le Courrier de Bovet ». Celle-ci correspondait à ce que je recherchais. La correspondance dure depuis 12 ans maintenant. »

 

« Je me suis engagée voilà quelques mois au courrier de Bovet. Avec l’aide de mon accompagnatrice (une adhérente plus ancienne dans l’association), j’avance pas à pas dans cet accompagnement particulier. J’écris sous un pseudonyme, comme les autres adhérents et mos correspondants savent que ce n’est pas notre vrai nom. De même, ils n’ont pas notre adresse ; tout leur courrier transite par l’association.

J’ai commencé à m’intéresser au monde de la prison au moment de l’affaire du chanteur de Noir Désir, un groupe de rock que j’aimais bien. Je me suis dit qu’il était facile de déraper et de se retrouver en prison. Par le témoignage d’un aumônier de prison, je me suis rendue compte de l’isolement de certains détenus. Peut-on nier toute humanité à une personne sous prétexte qu’elle se trouve en prison ? J’ai voulu être présente, selon mes moyens, dans ce lieu que l’on décrit souvent comme inhumain. »

 

Que vivez-vous à travers cette correspondance ?

 

« L’engagement auprès des détenus a mûri. Je pensais être une simple aide dans leur quotidien, avec toute la bonne volonté que je pouvais y mettre. Or la bonne volonté ne suffit pas. Il vaut avoir une connaissance de la détention, de ce monde carcéral qui est rude, pour ne pas se laisser prendre par l’affectif. Et surtout, cette correspondance devient un véritable échange entre nous deux, nous nous apportons mutuellement.

Evidemment, étant à l’extérieur de la détention, je suis comme une porte ouverte vers une certaine liberté pour le correspondant détenu : liberté d’avis, dans les échanges, de parole, dans la confiance…

Il peut réellement naître une amitié entre nous deux, mais je me dois de rester discrète sur mes problèmes personnels. Le détenu n’est pas l’épaule secourable sur laquelle je m’épanche. Je lui offre un temps d’échange qu’il nourrit comme il le souhaite. Je le reçois tel qu’il est à travers ce qu’il me donne à voir, percevoir, lire dans ses lettres. Et avec tout cela et mes réponses, un lien se crée, se tisse, une confiance naît ou pas. »

 

« J’ai la chance d’avoir un correspondant qui a de la conversation, de la culture et de nombreux centres d’intérêt qui me rejoignent. Nous parlons beaucoup de culture et de petits événements de la vie.

Je ne sais pas ce qu’a fait mon correspondant pour se retrouver en prison. Cela me rend libre de tout à priori, de tout jugement. Il me le dira peut-être au cours de la correspondance, ou pas. C’est une liberté qui lui reste. De mon côté cela m’apprend à avoir sur l’autre un regard plus large, indépendamment de ce qu’il a fait ou pas fait. Je tente de me situer dans une gratuité de relation, de donner un vis-à-vis à l’autre.

Nous vivons un véritable échange. Il m’est arrivé plusieurs fois d’aller voir un film ou une expo pour lui, pour la lui partager ensuite. Il m’ouvre d’autres horizons. »

 

Qu’est-ce que cette correspondance apporte au détenu ?

 

« Mes courriers lui sont, me semble-t-il, une bulle d’oxygène. Lui-même avoue avoir demandé une correspondante par curiosité : « J’ai trouvé une personne sincère qui m’enrichit culturellement et de l’amitié, que je ne trouve pas dans cet endroit austère (comme si les lieux étaient maudits) malgré l’honnêteté de certaines personnes ici. »

 

Qu’est-ce que cette correspondance vous apporte en tant que Carmélites de St Joseph ?

 

« J’étais en prison et vous m’avez visité » n’a pas été le verset biblique qui a déclenché mon désir d’engagement auprès des détenus. Aujourd’hui, ce verset donnera un sens plus profond, plus humain à mon engagement. Je rencontre une personne humaine qui est porteuse d’une humanité blessée et demande une certaine reconnaissance. Je suis la passerelle par laquelle le détenu fera peut-être un chemin d’humanisation ; en tout cas, il sera rencontré comme une personne à part entière et non à travers un acte délictueux.

Ce verset biblique, la prière, la communauté à laquelle j’appartiens sont des garde-fou face à ma tendance à m’approprier la correspondance, le correspondant, à être trop envahie par le mal-être du détenu ou face à des demandes impossibles à réaliser.

La communauté est une oreille attentive et un soutien quand il y a une difficulté, une interlocutrice avisée quand je me laisse trop gagner par l’affection, un lieu d’échange autour de cette mission.

L’association du Courrier de Bovet, par ses membres et ses responsables, est toujours disponible et un lieu de rencontre lorsque naissent des questions autour de la correspondance ou à propos du correspondant. Il y a des possibilités de rencontres avec un parrain et de faire appel à la présidente et son conseil pour joindre le lieu de détention, si le besoin se fait sentir du fait de l’état du détenu.

Enfin la correspondance avec un détenu est pour moi l’occasion de ne pas rester dans « mon petit monde calfeutré ». La rencontre avec la détention et surtout les détenus m’a fait entrer dans un monde rude, mais en demande de relation et de chaleur humaine. Cela m’a amenée à voir ce monde clôt avec un regard plus ajusté à la réalité. Ainsi cette mission devient de plus en plus un lieu de rencontres où la joie se mêle à la tristesse, la colère à l’apaisement, la haine à l’amitié…. D’où la vie jaillit….. »

 

« En tant que Carmélite de St Joseph, cet engagement me permet de vivre concrètement cette parole de l’Ecriture : « Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez emprisonnés avec eux et de ceux qui sont maltraités ; comme étant vous aussi dans un corps » (Epître aux Hébreux 13,3). Cela est relativement facile de vivre la fraternité avec ceux que l’on aime bien, qui nous ressemblent. Cela l’est moins avec ceux qui nous sont différents, voire étrangers. Et c’est pourtant un défi à relever, selon ses moyens, et qui témoigne, me semble-t-il, de la vérité de notre foi.

C’est une façon aussi de continuer à me laisser interroger par le mystère du mal. Le chemin est ardu, fait de remises en question, de déplacements et de questions sans réponse. Se tenir aux bords des enfers, là où le Christ est descendu, est une façon de témoigner de la puissance de la résurrection, en se laissant rencontrer par le Christ au cœur de ces échanges avec mon correspondant. »

 

Deux sœurs Carmélites de St Joseph

 

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