|
Article de Sr Adeline Marc (Christus N° 210, Avril 2006) |
A Hérouville-Saint-Clair, dans la banlieue de Caen, nous
formons une petite communauté installée dans deux appartements. Comme
communauté religieuse, nous sommes simplement là, présence fraternelle
au cœur d’une cité dont le taux de HLM est important.
Un espace gratuit qui appartient à la vie de l’Eglise
Notre présence est d’abord présence de prière, avec une particularité: elle est visible. Le matin, le midi, le soir, nous vivons la prière
communautaire dans l’église de la ville, comme un espace ouvert à tous.
Dès le début, des gens nous ont rejointes, aussi bien pour les offices
que les temps d’oraison silencieuse. Signe que le besoin d’une vie de
prière, d’un endroit où se poser, d’un espace de silence et de recueillement
est tout autant nécessaire dans nos vertes campagnes que dans l’anonymat
des villes. Signe aussi d’un besoin d’être ensemble pour se tourner
vers un Autre. Combien de ceux qui viennent nous ont dit leur joie de
pouvoir disposer au cœur de la ville d’un tel espace !
Nous ne sommes pas engagées dans une initiation ou une formation à la
prière : simplement, nous assurons une présence au long des jours.
Ceux qui viennent, régulièrement ou irrégulièrement, sont divers : pères
et mères de famille au travail, personnes seules dont la solitude est
souvent lourde à porter, personnes souffrant de maladies psychiques
dont la vie sociale est difficile… Ensemble, nous prions, nous portons
devant le Seigneur nos vies, la vie de la ville et du monde, de ceux
que nous rencontrons. Ensemble, nous nous abreuvons à la source des
psaumes dont l’humanité exposée peut parler à la nôtre aujourd’hui.
C’est un espace gratuit qui appartient à la vie de l’Eglise.
Au cœur de la ville, nous sommes "sœurs"
Au cœur de la ville, notre présence se veut aussi fraternelle. Comme
communauté religieuse, nous tentons ensemble d’ouvrir des chemins de
fraternité : nous sommes sœurs. Dans la vie urbaine contemporaine, ce
que nous tentons de vivre est une attente pour beaucoup. Notre communauté
se veut ainsi espace ouvert au partage, à l’amitié, à la fraternité.
A Hérouville, comme dans tant d’autres banlieues ou villes, la solitude
est grande, les itinéraires souvent chaotiques, les vies parfois douloureuses
à porter. Le besoin d’amitié simple, de chemin fraternel, de lieu où
parler et partager est fort. Et les propositions plus formelles en ce
sens peuvent faire peur ou mettre mal à l’aise.
Nous avons donc assez souvent du monde à notre table ou bien nous sommes
invitées, toutes ensemble, comme communauté. Et il n’est pas rare qu’au
cours du repas, on en vienne à parler de poids, de douleurs, de questions,
mais aussi de joies discrètes qui traversent la vie de tel ou telle.
Je me souviens ainsi de notre première rencontre avec Martine (par discrétion
pour les personnes, les noms sont changés). C’était un soir, elle n’allait
pas très bien, et à la fin de l’office, nous l’avons invitée à venir
manger chez nous. La soirée s’est prolongée tard, Martine nous faisant
le récit d’une vie chaotique et de ses angoisses aujourd’hui, de sa
solitude… moment unique où nous n’avions rien de précis à offrir, sinon
notre vie fraternelle, et où nous avions surtout beaucoup à recevoir.
Martine est devenue une amie : elle n’hésite pas à s’inviter quand ça
ne va pas trop… mais aussi quand elle a quelque chose à raconter et
personne à qui le dire. Notre communauté est pour elle un repère, un
lieu d’amitié : c’est là qu’elle vient dire ses questions et ses angoisses.
Je me souviens aussi de Francine, traversant une crise qui la remettait
en cause dans sa foi. Elle n’avait plus goût aux relations ecclésiales
et fuyait un peu ses relations sociales habituelles. Mais elle avait
besoin de parler, d’être entendue. C’est chez nous qu’elle est venue
frapper. Et combien d’autres encore, dans l’anonymat et la solitude
des villes !
Notre mission : être ce que nous sommes, simplement
Il y a là aujourd’hui pour nombre de nos contemporains un besoin de
fraternité, d’amitié simple et gratuite, un besoin de dire autrement
sa quête de vie et d’Esprit, un besoin de cheminer avec d’autres. Ce
besoin nous traverse aussi au cœur de notre choix d’une vie fraternelle.
Notre mission, au cœur de la ville, n’est alors rien d’autre que d’être
ce que nous sommes, simplement, mais de manière ouverte, d’offrir notre
vie fraternelle, que ce soit dans la prière ou dans la vie courante,
comme un espace où chercher ensemble le Dieu qui se dit entre nous,
qui nous fait enfants et frères, sœurs.
|
Autre Récit de :
>
Sr M-Philippe Sawaya
|